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Nouvelle-Calédonie / Société - Article du 17.10.2002 Squats: une menace pour l’agglomération?
Santé : le problème de l’eau Assainissement aléatoire, eau pas toujours potable, hygiène difficile, la vie en squat peut favoriser l’émergence de certaines pathologies. Tour d’horizon. La vie en squat expose-t-elle davantage à certaines maladies? Ces zones mal assainies représentent-elles des foyers potentiels d’épidémie? Faute d’étude épidémiologique, ces questions n’ont pas, à ce jour, de réponses scientifiques et chiffrées. Mais les médecins appelés à se pencher sur la population des squats ont tout de même quelques impressions dominantes. « Les maladies que l’on retrouve fréquemment dans les squats sont celles liées à l’habitat précaire et au manque d’hygiène » note un médecin des Affaires sanitaires et sociales. « Mais le phénomène n’est pas plus manifeste que dans certaines tribus. » Au palmarès? La galle, les maladies de peau, les problèmes bucco-dentaires, les maladies ORL, les diarrhées chez les enfants, l’hépatite virale, la dengue et la leptospirose. Arroyos souillés « Vous allez trouver toute la famille des pathologies liées à la qualité de l’eau. » Même si les communes de Nouméa et Dumbéa ont installé des adductions d’eau potable dans tous les squats, il demeure des problèmes de distribution et de stockage. Il n’y a pas de robinets individuels dans tous les squats. Conséquence, il faut faire des réserves dans des bidons et des fûts. C’est là que la qualité de l’eau se dégrade, pouvant favoriser les gastro-entérites, diarrhées, etc. « L’autre gros problème, c’est l’écoulement des eaux usées et les ordures ménagères. Quand des enfants jouent au pied d’un tas d’ordures, ou au bord d’un arroyo qui écoule des eaux souillées, il faut s’attendre à ce que les petites plaies s’infectent, ou que les doigts portés à la bouche transmettent à l’organisme de mauvais germes. » Menaces de dengue Pour autant, la situation est très différente d’un squat à l’autre. Dans ceux « d’un certain standing » le niveau de santé publique est somme toute satisfaisant. Mais dans les quelques poches les plus misérables de l’agglomération ou la population cumule pauvreté et illettrisme, ou l’hygiène corporelle reste aléatoire, les pathologies de toute sorte trouvent un terreau fertile. Heureusement les communes et la Province sud ne sont pas inactives. A Nouméa comme à Dumbéa, on a généralisé l’eau potable. On fait des efforts d’assainissement des eaux usées, on organise des collectes d’ordures. On envoie aussi dans les squats les véhicules de pulvérisation d’insecticide, comme dans tous les autres quartiers. Le bureau d’hygiène et d’éducation sanitaire de Nouméa mène également des campagnes d’information auprès des habitants. Heureusement car un foyer de dengue qui fait souche dans un squat a tôt fait de gagner les quartiers environnants. Criminalité « raisonnable » Les squats sont-ils des coupe-gorge? Des lieux où il ne fait pas bon s’aventurer au crépuscule? Des repaires où se réfugient les malfaiteurs de l’agglomération? Des marchés parallèles où s’écoulent massivement les butins des vols commis dans la cité. Réponse non. Interrogées sur ce point, les police municipales de Dumbéa de Nouméa, tout comme la police nationale, affirment la même chose: « Il n’y a ni plus ni moins de délinquance dans les squats de Nouméa que dans le reste de la ville. » Il y en a même moins que dans les quartiers dits chauds: Saint-Quentin, Montravel, Rivière-Salée. Bien sûr, on y retrouve parfois une voiture volée. Mais moins souvent qu’à Canala ou à Saint-Louis. Des esprits entreprenants se risquent aussi parfois à y faire pousser un peu de cannabis. Mais rien à voir avoir les plantations à grande échelle de la Côte est ou des Iles. Et aucun des squats de l’agglomération n’a la réputation d’être un haut lieu de caillassage, contrairement à la région de Saint-Louis ou à certaines tribus de Brousse. « On y entre sans problème avec nos voitures, on ne nous a jamais rien cassé et on ne nous a jamais agressés collectivement » affirment en substance des membres des différents services de police concernés. Rien à voir avec ces cités chaudes de Métropole où policiers et pompiers se font régulièrement accueillir à coups de pierres. Ni même avec nombre de tribus où les gendarmes ne peuvent entrer qu’après des palabres avec les coutumiers. Irène: « Ici, on ne veut pas d’électricité » Niché dans la mangrove à Magenta, un petit squat, presqu’écolo, vit délibérément à l’écart de la vie urbaine. « C’est pas parce qu’on vit dans une cabane qu’on n’essaie pas de faire propre. » Entrevu depuis la route qui relie Sainte-Marie à Ouémo, le squat du foyer Soleil, à Magenta, a des allures de bidonville insalubre baigné par l’eau saumâtre et stagnante d’une mangrove infestée de moustiques. Et pourtant. Après avoir traversé un rideau de faux poivriers, on découvre une succession de cabanes fleuries, presque coquettes. Les allées sont bordées de haies végétales. Autour de chaque maisonnette, des espaces fleuris délimités par des vieux pneus repeints en blanc. Enfants propres Chaque construction occupe une parcelle de bonne taille qui offre une aire de jeux appréciable aux enfants du squat. Ici, les tricycles et les voitures à pédale peuvent s’égayer en toute liberté. Dans la brousse voisine, les gosses ont reconstruit un squat en modèle réduit à l’abri duquel ils laissent leur imaginaire voyager à l’abri du regard des grandes personnes. Ici, les bambins ne sont pas vêtus de loques. Ils n’ont pas la morve au nez comme dans certains autres endroits. Ils n’ont pas les bras couverts de plaques. Bref ils grandissent dans des conditions d’hygiène plus qu’acceptables. Quant aux moustiques? « Il n’y en a pratiquement pas, je vous assure » affirme Irène avec aplomb. WC rustiques Irène, la quarantaine, élève ici ses cinq enfants et ne voudrait pour rien au monde se retrouver dans une cité. « Il y a dix ans, j’habitais dans l’appartement de ma mère à Magenta. On était à l’étroit. C’est bien mieux ici. Les enfants peuvent jouer en liberté et en plein air. C’est un peu la campagne. » Une campagne rustique tout de même. Une cabane au fond du jardin avec un trou dans la terre en guise de WC; le linge lavé à la main; pas de réfrigérateur pour stocker la nourriture; et tout simplement pas d’électricité. Images de violence « On aurait pu se cotiser pour acheter un groupe électrogène » admet Irène. Car la plupart des foyers installés ici disposent d’un salaire, d’une voiture. « Mais on a décidé collectivement de ne pas le faire. L’électricité, ça veut dire la télé, les images de violence, les flingues. On préfère préserver nos enfants de tout ça. On ne tient pas à en faire des délinquants. Ici, ils peuvent courir, crier sans déranger personne et jouer au grand air avec le maximum de sécurité. » Squatter et écologiste? « En quelque sorte. Ici, rien ne se perd, tout se recycle. On compacte nos ordures. Et puis on fait l’économie d’un loyer. Mon mari gagne 120 000 F par mois. Si on avait dû payer un loyer, il nous aurait été impossible de mettre de l’argent de côté. Ici, on a réussi et dans quelques années, on va construire une maison, en tribu, près de Houaïlou, et on passera nos vieux jours là-bas. » Chez les squatters aussi, on rêve parfois de retour à la terre. Tina: des squatters font de la résistance Le squat de Tina devrait disparaître pour laisser place à un club équestre de Magenta. Certains squatters sont partants. D’autres persistent. « Nous, on est bien ici. Au milieu de la nature. Il y a des arbres, un nakamal, des visiteurs. Et on va faire disparaître tout ça pour mettre des chevaux à notre place. Vous trouvez ça normal ? Il y en a peut-être qui trouvent que ça sera mieux pour le standing de l’endroit... » Lunettes noires, voix grave, discours bien rôdé, Séraphin Teanboueon est un vieux militant qui a embrassé bien des causes au cours de sa vie. Sa dernière, c’est la défense du squat de Tina, où il vit et dont il fait office de chef. Un petit squat d’une quinzaine de familles, appelé à disparaître dans les prochains mois. Terrain défriché A la place va s’installer le centre équestre de La Gourmette, actuellement à Magenta. Parmi les habitants, il y a ceux qui acceptent de partir de bonne grâce. Mieux, ils accélèrent le mouvement. On leur a fourni des emplois pour défricher les terrains alentour. Ensuite, on leur procurera des logements sociaux, ailleurs dans l’agglomération. Séraphin Teanboueon n’est pas non plus complètement hostile à un départ. « Mais à condition qu’on nous procure un terrain équivalant, près d’une route et d’un arrêt de bus, pour pouvoir reconstruire nos squats. On veut bien partir et laisser les chevaux s’installer, mais pas à n’importe quelle condition. Pas dans des appartements. » Pollutions animales Choquant, le projet de déloger des squatters au profit d’un cercle hippique? A première vue peut-être. Mais le déménagement de La Gourmette ne se fait pas non plus pour de simples raisons de commodités. « Le club d’équitation est à deux pas d’une route très passante et de l’aéroport de Magenta » explique-t-on à la mairie. « Autrefois, il était adossé à de grands espaces verts. Désormais, il est cerné par des maisons et des immeubles. Ce qui pose des problèmes de sécurité, de cohabitation et même de pollutions animales. » A chacun ses problèmes d’espace vital. Ph. F. |
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