Nouvelle-Calédonie / Transports - Article du 14.12.2004

  Il y a cinquante ans, la Transpac...

Ils en rêvaient, ils l’ont fait. Et ils s’en souviennent encore. Les derniers pionniers de l’histoire de l’aviation civile calédonienne ont fêté, jeudi, à l’aéroport de Magenta, le cinquantième anniversaire de la Transpac, la première société calédonienne de transport aérien, l’ancêtre d’Air Calédonie. C’est le 9 décembre 1954, que trois hommes, aussi jeunes que téméraires, Herbert Coursin, Henri Martinet et Louis Eschembrenner, aidés par deux entrepreneurs, Tom Johnston et Walter Hickson, se sont lancés dans l’aventure. Depuis cette époque, 6,7 millions de passagers ont été transportés et jamais le moindre accident.
--Herbert Coursin, l’un des fondateurs de la Transpac « Une entreprise que l’on disait vouée à l’échec »
Les Nouvelles Calédoniennes : Racontez-nous les premiers pas de la Transpac. Quel était votre état d’esprit à l’époque ? Herbert Coursin : Nous étions une bande de copains, la hiérarchie n’existait pas entre nous. Evidemment on tâtonnait. On a d’abord créé un syndicat, puis une société anonyme, dont l’objectif initial était de mettre sur pied une compagnie aérienne pour organiser des liaisons régulières entre Nouméa, l’île des Pins et les Loyauté. Les gens nous disaient que cette entreprise était vouée à l’échec, que cela ne marcherait jamais et que les gens privilégieraient toujours le bateau. Manque de chance pour les mauvaises langues, trois naufrages ont eu lieu à cette période-là, entre la Grande Terre et les Loyauté. Cela a évidemment joué pour nous. Le vol inaugural a eu lieu le 28 septembre 1955 sur Maré et Lifou avec un « Dragon Rapide ». Le prix du billet était de 600 F.
LNC : Comment avez-vous réussi à mettre la main sur ce premier appareil ? H. C. : A cette époque-là, tout ce qui touchait à l’aviation était classé matériel de guerre. Mais nous avons fini par dénicher un De Havilland, DH 89 A, dénommé plus communément « Dragon Rapide », un joli nom pour un appareil qui ne dépassait pas les 200 km/h. Le problème, c’est qu’il fallait le convoyer d’Angleterre jusqu’ici. Après maintes recherches, nous avons trouvé un ancien pilote de guerre, Peter Edward Palmer. Sauf que ce dernier a accepté de relever le défi sur un quiproquo. Il croyait que la Calédonie, c’était l’Ecosse... (Caledonia est l’ancienne appellation de l’Ecosse, territoire qui se trouve à l’extrême nord du Royaume Uni). Au total, il mettra 27 jours, soit une douzaine d’escales, pour rallier l’Angleterre à la Calédonie. Il a séjourné trois jours dans une prison indonésienne pour défaut de papiers. Une vraie aventure.
LNC : Quelle a été la réaction des habitants des Loyauté lorsqu’ils ont vu le premier appareil de Transpac atterrir ? H.C. : Il a fallu faire des palabres pour transformer des terres en pistes d’atterrissage, mais sinon l’accueil a été très bon. La Transpac est la première société calédonienne avec une forte participation mélanésienne. Pour constituer notre capital, nous avons lancé une souscription de 400 actions à 500 F. Et 70 Mélanésiens, dont les grands chefs Henri Hnaisseline de Maré et Pascal Sihazé à Lifou, figuraient ainsi parmi les premiers actionnaires. Certains n’ont pas hésité à nous apporter 5 000 F d’un coup.


Propos recueillis par Eric Dourel


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