Nouvelle-Calédonie / Politique - Article du 19.01.2006

  Radios : la Calédonie garde sa muselière




Le paysage radiophonique calédonien est pratiquement inchangé depuis les années quatre-vingt.



Comme lors du précédent appel d’offres, lancé en 1993, le Conseil supérieur de l’audiovisuel n’a donné son feu vert à aucune nouvelle radio. Les pendules restent à l’heure des années 1980.
Il y avait un projet de radios jeunes. Il y avait un projet de radio pour le Nord. Il y avait un projet de petites radios locales en réseau où chaque commune aurait pu faire parler d’elle. Il y avait un projet de radio Nostalgie pour les seniors. Un projet de radio Mont-Dore, petite sœur de RRB. Les stations existantes voulaient obtenir plus de puissance et de nouveaux émetteurs pour mieux couvrir la Brousse et les Iles, par endroits très mal desservies. Tous ces projets ont été balayés par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. La Calédonie risque de subir, pour de nombreuses années encore, un environnement radiophonique incomparablement plus pauvre que n’importe quel DOM-TOM, sans parler des régions métropolitaines. Un paysage audiovisuel digne du début des années 1980. Ailleurs, foisonnent les télés privées, les radios associatives, communautaires, thématiques, communales, les antennes dédiées aux ados, celles dévolues aux seniors, les stations religieuses, etc. Ici, on reste à cinq stations. La bande FM ressemble à une autoroute sur laquelle circulent des bicyclettes. Le CSA a déclaré « clos » l’appel d’offres lancé en 2004-2005 sans même examiner au cas par cas les candidatures présélectionnées parmi les nombreux projets qui lui ont été soumis. Motif avancé ? La procédure conduite localement par le CTR (*) serait entachée d’irrégularité.
Vote partisan
Parmi les griefs retenus, il y a le manque d’information des candidats potentiels « de nature à faire naître un doute sérieux sur l’égalité de traitement des candidats » ; il y a le vote jugé « partisan » d’un des membres du CTR, lequel avait, quelques années plus tôt, été le conseiller technique de l’un des projets ; il y a l’avis du gouvernement qui s’est prononcé contre ces nouvelles majorités par une majorité relative de cinq voix (Rassemblement et FLNKS) contre quatre (Avenir ensemble). Un avis qui n’en est pas un d’ailleurs, puisque, juridiquement, il aurait fallu une majorité de six voix dans un sens ou dans l’autre. Au premier grief, Robert Lamarque, ancien président du tribunal administratif et président démissionnaire du CTR, répond qu’une précampagne a été effectuée, que l’appel d’offres a été publié au Journal officiel et que des informations ont eu lieu tant dans la presse qu’à la télévision. S’agissant du vote partisan d’un membre du CTR, Robert Lamarque note que le grief est adressé au seul technicien habilité à siéger dans ce comité « technique » alors que le CSA trouve parfaitement normaux les votes ouvertement partisans émis par les membres politiques du comité.
« Des fraternités efficaces »
Car le fond de l’affaire est bien politique. Depuis sa création, le CSA considère la Calédonie comme un cas à part. Pour lui, le fragile équilibre issu des Evènements passe par le maintien du paysage radiophonique tel qu’il existait en 1988, au moment du retour à la paix. Une radio pluraliste de service public, une radio indépendantiste une radio loyaliste, et une radio de pur loisir. Le Rassemblement et plusieurs partis indépendantistes sont du même avis et exercent un lobbying puissant à Paris pour que rien ne bouge. « Il y a des fraternités maçonniques qui s’expriment avec une grande efficacité dans cette affaire », note un observateur averti. En 1993, le CSA avait organisé un premier appel d’offres, mais avait repoussé toutes les candidatures. Même chose en 2005. « Cette fois, ils n’avaient pas de motifs pour récuser les dossiers au cas par cas, ils les ont donc rejetés en bloc en faisant porter le chapeau au CTR », note cet observateur. Le résultat est le même: rien ne bougera. Pourtant le paysage politique et sociologique calédonien a bien changé en dix-huit ans. Le FLNKS est éparpillé, le Rassemblement n’est plus au pouvoir, les nouvelles formations veulent s’exprimer, la communauté wallisienne se cherche, la communauté asiatique se compte, le satellite est arrivé, Internet s’est généralisé. Harold Martin, président du Congrès, compte mettre à profit son prochain voyage à Paris pour rencontrer Dominique Baudis, président du CSA, et lui expliquer qu’en Calédonie, le temps ne s’est pas arrêté à l’année 1988. Sera-t-il entendu ?
(*) Comité technique radiophonique

Philippe Frédière


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