|
Nouvelle-Calédonie / Social - Article du 21.04.2006 La guerre à la vie chère
Huit mille personnes selon la police, douze mille selon les organisateurs : qu’importent les estimations, c’est bien une marée humaine qui a envahi, hier, les rues de Nouméa. L’appel lancé par l’Usoenc, Force ouvrière et la Fédération des fonctionnaires pour protester contre la baisse du pouvoir d’achat des Calédoniens a donc très largement mobilisé. Il y a bien longtemps que la Nouvelle-Calédonie n’avait pas connu une mobilisation populaire aussi importante. Il faut dire que le thème était fédérateur puisque l’intersyndicale entendait manifester contre « l’augmentation des prix, des services, des taxes et prélèvements sociaux qui amputent un peu plus chaque mois le pouvoir d’achat de l’ensemble de la population. » Message entendu Pour faire face à cette situation, l’intersyndicale est allée remettre ses revendications (lire par ailleurs) au Medef, au gouvernement et au Congrès. Et le message de la rue semble avoir été entendu. « Leurs préoccupations sont aussi les nôtres », a expliqué Philippe Gomès. « Certes un certain nombre de choses ont déjà été faites comme la mise en place des allocations familiales de solidarité, la réforme de l’impôt sur le revenu ou la hausse du salaire minimum mais ce n’est pas encore suffisant. Il faudra donc aller plus loin et nous attendons du gouvernement qu’il propose des mesures pour bloquer les prix ou mieux les contrôler. » L’exécutif calédonien, qui a reçu la délégation de l’intersyndicale en formation quasi complète, a en effet annoncé que des groupes de travail allaient être mis en place très bientôt. « Il est vrai que l’inflation que nous subissons est une inflation importée sur laquelle le gouvernement n’a que très peu de moyens d’actions », a précisé Didier Leroux. « Mais, dès la semaine prochaine, nous allons faire des propositions pour mieux maîtriser des paramètres qui dépendent de la Nouvelle-Calédonie. Il s’agit par exemple de l’augmentation des loyers ou des prix des produits de première nécessité. » Les syndicats satisfaits La démarche semble avoir été appréciée par l’intersyndicale même si elle reste prudente. « Je crois qu’ils ont compris et ils ont pris conscience de l’urgence », a expliqué Joao d’Almeida, le président de la Fédération des fonctionnaires. « Il y a beaucoup d’argent en Nouvelle-Calédonie mais il ne faut pas toujours le prendre au même endroit. Le gouvernement doit aussi penser aux grandes entreprises qui exportent leurs capitaux ou aux banques qui pratiquent des marges importantes... » Reste que l’intersyndicale attend des réponses rapides. « Nous voulons être entendus et nous voulons du concret rapidement », a affirmé Didier Guénant-Jeanson, le secrétaire général de l’Usoenc. « Nous privilégions pour l’instant la concertation mais nous avons aussi d’autres cordes à notre arc... » -------------------- 8Peu de perturbations En comparaison de l’importante mobilisation suscitée par la marche, les perturbations engendrées par les grèves ont été limitées. Dans le secteur privé, ce sont les transports qui ont été les plus touchés, avec une desserte assurée à 80 % chez Carsud et des perturbations importantes sur les liaisons d’Air Calédonie. Dans le secteur public, l’OPT a sérieusement pâti de la grève, avec 220 grévistes sur un effectif total de 900 salariés, soit un taux de 26 %. La distribution et le tri ont toutefois moins souffert que les agences, dont certaines n’ont pas été en mesure d’accueillir le public. Au vice-rectorat, on annonçait hier soir un pourcentage de grévistes estimé à 15 % des effectifs sur l’ensemble du territoire. Dans le secondaire, on a enregistré 49 % de grévistes chez les surveillants, 23 % du côté des personnels ATOS et 8 % chez les enseignants. À noter que, sur le Grand Nouméa, le pourcentage d’enseignants grévistes a parfois dépassé les 50 % dans certains établissements. En ce qui concerne l’enseignement privé enfin, la Ddec a fait état d’un taux de grévistes estimé à 10 %. À Doniambo, la mobilisation a été relativement importante mais n’a pas perturbé le fonctionnement de la SLN. Enfin, à Thio, les dix employés des ateliers municipaux ont cessé le travail. Texte : Xavier Serre |
| . Tous droits de reproduction réservés | ||