Nouvelle-Calédonie / Tourisme - Article du 10.03.2007

  L’ouverture de l’aquarium parasitée




Léon, le napoléon, a été parmi les premiers poissons à être isolés des parasites. Comme le requin dormeur et le requin citron, il a été placé dans une piscine gonflable remplie d’eau saine, à l’intérieur même du bac.



Arrivés de la baie des Citrons par l’eau de pompage, de microscopiques crustacés parasites ont infesté le grand bac du futur Aquarium des Lagons, tuant carangues, loches et picots. Un traitement de grande ampleur a été entrepris pour sauver toutes les espèces, sans qu’on sache aujourd’hui s’il sera suffisant. L’inauguration de l’aquarium, prévue en mai, est reportée sine die.
Il devait être inauguré en mai. Il ne devrait finalement pas ouvrir ses portes avant plusieurs mois. À croire que l’Aquarium des Lagons, qui doit être le reflet de la diversité marine de la région, est poursuivi par un poisson-chat… noir (voir chronologie). « La faute à pas de chance », regrette Jean-Christophe Vivier, ce vétérinaire qui suit, depuis leur mise en bassin, l’évolution des espèces. La faute, en fait, à un crustacé qui mesure entre « un et quatre millimètres », vraisemblablement le Gnathia maxillaris, un isopode (qui a les pattes toutes semblables).
Entre 4 et 8 millions de Gnathia dans le grand bac
Ce parasite est une véritable tique des mers. Ses larves se nourrissent du sang des poissons avant de muer en adultes. Plutôt rare dans la région, il a néanmoins investi la baie des Citrons et, par les bassins de décantation de l’ancien et du nouvel aquarium, a contaminé quatre bacs de l’Aquarium des Lagons. Pire, il a infesté le grand bac, là où Léon le napoléon, le requin dormeur, le requin citron et bien d’autres espèces attendaient sagement, comme nous autres hominidés, l’ouverture de l’aquarium. C’est en découvrant une carangue plutôt mal en point que les techniciens ont pu mesurer l’étendue des dégâts. Ainsi, aujourd’hui, dixit Richard Farman, directeur de l’établissement, « il y a dans ce bac de 400 000 litres, entre 4 et 8 millions de Gnathia ». Les carangues, mais aussi des loches et des picots, n’ont pas résisté à la prolifération de ce crustacé qui n’est pas dangereux pour l’homme mais qui affaiblit très vite les poissons et provoque même des infections secondaires fatales pour toutes les espèces marines. Aussi a-t-il fallu réagir immédiatement, notamment pour préserver « les pièces maîtresses ». Comme il était impossible de déplacer les plus gros spécimens, des piscines gonflables remplies d’eau saine ont été installées dans le bac pour les isoler de ces minuscules prédateurs. Les bassins de décantation ont été vidangés et rincés à l’eau douce (normalement mortelle pour le Gnathia) mais le parasite est réapparu, les filtres à sable s’avérant de fait inefficaces. Et même si ce problème majeur « peut se produire lorsqu’on crée un nouvel écosystème », selon Jean-Christophe Vivier, comme c’est le cas dans ce grand bac où cohabitent désormais en circuit fermé poissons, crustacés inoffensifs, planctons et coraux, il n’en reste pas moins que la lutte contre ce minuscule prédateur va nécessiter des moyens de grande ampleur.
Un premier traitement chimique
Pas question pour autant de vider l’eau du bac, d’après Richard Farman, « la contrainte du béton fait qu’en vidant et remplissant, des fissures pourraient apparaître ». Ainsi, après consultations de spécialistes - et il y en a peu -, on s’oriente vers une solution « intermédiaire » : l’inhibiteur de quitine. La quitine est cette molécule qui permet de forger la carapace des crustacés. Ce traitement chimique tuerait donc les parasites adultes qui, par conséquent, ne pourraient plus donner naissance à ces larves vampires. Reproduire trois à quatre fois ce traitement, inefficace au bout de quelques jours, pourrait suffire. C’est ce qu’espèrent notamment les employés de l’aquarium, dont le moral est au plus bas, mais qui, quasiment nuit et jour, sont sur la brèche pour faire disparaître le Gnathia. Et pour offrir enfin à Léon un havre de paix.
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Le budget prend l’eau
A l’origine, l’aquarium devait coûter 720 millions de francs. Mais le premier appel d’offres est déclaré infructueux en l’an 2000, aucune entreprise candidate n’ayant réussi à tenir ce budget. L’architecte revoit ses plans, la province Sud et l’Union européenne augmentent leur participation et le budget est porté à plus d’un milliard (627 millions de l’UE, 249 millions de la province Sud, 56 millions de la ville de Nouméa, 50 millions de la Nouvelle-Calédonie et 28 millions de l’État). Mais les nombreux tracas qui suivront vont encore faire augmenter ce chiffre de façon drastique. Tant et si bien qu’à l’horizon 2007, on parlait d’un milliard et demi, soit deux fois plus que le chiffre originel ! Aujourd’hui, l’infestation du grand bac par un petit crustacé parasite va encore faire gonfler la note, comme l’atteste Richard Farman, directeur : « Il faut déjà compter le manque à gagner puisque l’ouverture est reportée. Ensuite, nous avons dû acheter des piscines gonflables pour isoler les poissons et du matériel pour lutter contre la prolifération de cet isopode. Enfin, le traitement induit de nouveaux coûts et d’autres encore si ce premier traitement ne l’éradique pas. » Pour l’instant, impossible de chiffrer ce surcoût. Plusieurs dizaines de millions ? « De toute façon, par rapport au milliard et demi investi, ça ne peut pas empêcher l’ouverture. » Seule certitude, l’Europe ne paiera pas. Ce sont donc la province Sud, la Nouvelle-Calédonie et la ville de Nouméa qui seront sollicitées.
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Chronologie de la poisse
• 1992. L’Union européenne attribue des crédits à chaque province. La province Sud décide de les utiliser pour construire un nouvel aquarium.
• 1994. Etude de faisabilité approuvée par la Commission européenne.
• 1995. Concours international lancé pour le choix de l’architecte. Le cabinet Chambre et Vibert (Chambéry) sera retenu l’année suivante.
• 2000. Premier appel d’offres paru. Il est déclaré infructueux car aucune entreprise ne réussit à tenir le budget prévu.
• 2001. Modification des plans par l’architecte. La province Sud et l’Union européenne augmentent leur participation.
• Mars 2002. Destruction du logement du gardien et de l’atelier de l’aquarium, premier signe des travaux pour la construction du nouvel aquarium. Lancement du nouvel appel d’offres.
• Octobre 2003. Premiers coups de pelleteuse. L’inauguration est prévue fin 2004 puis, compte tenu de retards dans les travaux, fin 2005 et, enfin, mi-2006.
• Juillet 2006. De graves dommages sont constatés sur la station de pompage du futur aquarium, la pompe ayant tourné à vide pendant une nuit. Pendant douze semaines, les bassins ne seront plus alimentés en eau de mer. L’ouverture est cette fois prévue pour fin 2006.
• Octobre 2006. Apparition d’une pathologie sur les différentes espèces. Des poissons sont recouverts d’un duvet blanchâtre qui cause une forte mortalité. Le peuplement des bassins est suspendu. L’inauguration est reprogrammée pour mars 2007.
• Début février 2007. Le retard pris dans l’acheminement de certains matériaux de finition oblige la direction de l’aquarium à reporter de nouveau la date d’ouverture, maintenant fixée à mai.
• 20 février 2007. Les techniciens découvrent une carangue moribonde. En voulant la bouger, ils découvrent une myriade de parasites autour d’elle. Il s’agit du Gnathia maxillaris, un crustacé parasite plutôt « pugnace », selon les termes de Richard Farman, directeur. L’état d’urgence est décrétée et l’inauguration de l’Aquarium des Lagons reportée... sine die.


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