Nouvelle-Calédonie / Faits Divers - Article du 11.04.2007

  Un surfeur mordu par un requin




L’attaque s’est produite tout près de la passe de Dumbéa. L’animal n’a fait que « goûter » le surfeur. Mais avec suffisamment d’appétit pour lui sectionner quatre tendons, un nerf et une artère.



Olivier Bertholom, 26 ans, était assis sur sa planche quand il a senti son pied gauche se déchirer dans un nuage de sang. Il venait de se faire accrocher par un requin. C’était lundi soir, dans la passe de Dumbéa. Il s’agit de la première attaque contre un surfeur en Calédonie.
Un éclair qui vous traverse le pied alors que vous ne vous y attendez pas. La mer qui devient rouge, la douleur qui bourdonne de plus en plus fort. La tension qui baisse, le souffle qui s’accélère. Le vertige. Le tout avec un bateau ancré à 200 mètres de là, cinq bonnes minutes à mouliner des bras. Voilà le sale quart d’heure qu’a vécu Olivier Bertholom, surfeur de son état, lundi à 16h30 dans la passe de Dumbéa. Au moment de la morsure, le groupe avec lequel il est parti en mer est en train de se séparer, la session touche à sa fin. « On était quatre sur un bateau, trois sur un autre, reconstitue Jean-Charles Desmarais, médecin au Samu et passionné de glisse. Nous, on allait partir quand on a entendu des cris. D’abord, on a cru que c’était à cause des dauphins qui se dirigeaient vers les deux personnes encore à l’eau. Mais en s’approchant, j’ai vu un type sur sa planche, avec une jambe en dehors de l’eau. Il était couvert de sang. C’était Olivier. »
En deux secondes
À ce moment-là, le jeune artisan patenté est blessé, choqué, et comprend à peine ce qui vient de se passer. « Les vagues étaient bonnes, la session était bien, raconte-t-il sur son lit d’hôpital. J’étais assis sur ma planche, les pieds dans l’eau. On était deux avec mon pote Nico. Puis, j’ai vu deux dauphins passer très près de moi. Je me suis dit que c’était étrange, mais sans m’inquiéter. Puis ça s’est passé en deux secondes. Je ne l’ai pas vu [le requin], on ne voyait pas spécialement ce qui se passait sous l’eau. » Mais il l’a senti. Une douleur « très, très grosse, qui n’a fait qu’augmenter » par la suite. Au bout de quelques minutes, ses compagnons de vague le hissent sur l’embarcation prête à partir. La plaie est béante, le sang ne cesse de couler. L’artère pédieuse (qui passe sous le pied en venant du tibia) est sectionnée, remarque immédiatement Jean-Charles Desmarais, qui lui pratique alors un point de compression salutaire. « Un secouriste aurait pu le faire, d’où l’intérêt de faire du secourisme, remarque le médecin. Et de ne pas partir surfer tout seul, ou à deux. Dans ce cas-là, je ne sais pas ce qu’on aurait fait. » En l’occurrence, le groupe a pu prévenir les secours en retournant vers la plage de l’îlot Larégnère. Au bout de vingt minutes, (« jamais trouvé le trajet aussi long », souffle Olivier) l’hélicoptère salvateur est apparu à l’horizon. Le rescapé venait à peine de toucher le sable. Son pied est sauf, même si quatre tendons, une artère et un nerf ont été coupés. Mais le surf, et même le travail, c’est fini pour quelques mois. Pourtant, Olivier compte bien repartir en mer avec sa planche. Pour se rassurer, il parie sur les statistiques. « Là, si ça m’arrive une deuxième fois, je suis le mec le plus malchanceux du monde. » D’un point de vue statistique, il est déjà le surfeur de plus malchanceux de Calédonie : aucun, avant lui, n’avait été la victime d’un requin.
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Quel requin ?
Olivier Bertholom n’a pas vu le requin qui l’a agressé. Mais sa morsure, trop grosse, ne semble pas pouvoir être celle des roquets du lagon que sont les requins gris, les pointe blanche et les pointe noire. D’une taille modeste (1,50 à 2 mètres), ils sont connus pour être agressifs. Mais ils attaquent le plus souvent pendant une pêche. Un peu plus impressionnants, les requins citron, marteau ou albi (environ 2,50 mètres) ont déjà été responsables de telles attaques dans d’autres pays du Pacifique, comme la Polynésie et l’Australie. Leur appétit pour les surfeurs était alors mis sur le compte d’un malentendu : vu d’en-dessous, la planche et la plante des pieds ressemblent à certaines grosses proies, comme le phoque. Dans ces cas de figure, l’attaque ne dure pas longtemps. Le requin sent, en quelque sorte, que cette viande peu grasse ne suffira pas à rattraper l’énergie consacrée à la digestion. « Il m’a juste goûté », confirme Olivier Bertholom. Restent les gros bras du récif, les requins tigres, bouledogues ou blancs. Ils sont rares et leurs morsures sont généralement dévastatrices. Même pour « goûter ».
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Les dernières attaques
Janvier 2007 : Un gendarme stationné à Koné profite d’un congé pour plonger et pêcher. Il est attaqué par un requin tigre, qu’il parvient à repousser. Novembre 2005 : Un chasseur sous marin est mordu au bras à Maré. Le même mois, un grand blanc touche une plate à l’îlot Redika. Novembre 2004 : Un plongeur est mordu à l’avant-bras à 750 kilomètres des côtes de Koumac. Mars 2002 : Le maillot d’un chasseur sous-marin est repêché avec une morsure en arc de cercle. On ne retrouvera jamais son corps. Mars 2000 : Un requin de grande taille tue un chasseur sous-marin au nord de la passe de Poum.

Marc Baltzer


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