Nouvelle-Calédonie / Edition - Article du 12.04.2007
Le Tazar sème le trouble dans les collèges
Depuis deux ans, Tazar, mensuel édité à 20 000 exemplaires par la province Sud, tente de faire de l’éducation à la sexualité. Un travail difficile car il faut trouver les mots justes pour un public très jeune et l’illustration qui va avec : ici, pas de photos mais des dessins. D’autant plus que Tazar est distribué dans les lycées, mais aussi les collèges où certains élèves sont âgés de 11 ans. Revues retirées De l’avis général, les articles de cette double page sont d’excellente facture et frappés du bon sens. Mais le numéro de mars dernier a créé des remous. Pour illustrer un dossier intitulé « la pornographie », un dessin montre un couple en pleins ébats, en position de « levrette ». L’homme se prend pour un acteur de film X (y compris dans ses propos) ; la femme, elle, s’ennuie à mourir. L’idée est donc la même que dans les textes : rien ne sert de transpirer pendant deux heures, il faut aimer à point.
Mais le dessin, sorti du contexte, a choqué des parents et responsables d’établissements scolaires. Ces protestations sont arrivées jusqu’aux oreilles de François Montchanin, proviseur de la vie scolaire au vice-rectorat. Qui s’en est ému à son tour. « L’article sur la pornographie est excellent, très pédagogique, parfaitement rédigé. Mais pour attirer le chaland, on a fait un dessin pornographique avec levrette et pénétration. Ça dessert l’article », regrette François Montchanin, qui insiste sur le fait qu’il n’est « ni moraliste ni puritain ». Et de raconter l’anecdote d’un attroupement de gamins hilares autour de cette double page, seulement attirés, semble-t-il, par la vue du fameux dessin. « Les enfants ont une interprétation différente des adultes, ils peuvent regarder l’image et s’en satisfaire. »
« Je sais, poursuit le proviseur de la vie scolaire, que l’auteur n’avait pas l’intention de choquer. Mais le problème n’est pas le message que l’on veut faire passer, c’est comment celui-ci est perçu par le lecteur. »
François Montchanin a donc adressé un courrier à Pierre Gey, directeur de la publication de Tazar, avec copie aux principaux des collèges et aux associations de parents d’élèves, qui se conclut par une mise en garde : « Je demande aux chefs d’établissements de collèges de ne plus distribuer votre revue tant qu’elle contiendra des textes ou des images tendancieuses. » En fait, d’après François Montchanin, la plupart des collèges avaient déjà retiré les revues, de leur propre initiative. Aucune réclamation Jean-Marc Estournès, rédacteur en chef du Tazar, qui estime que cette rubrique est sûrement la plus interactive et la plus appréciée, répond ceci : « Ce sont nos lecteurs qui ont choisi ce thème. Un sujet délicat à traiter. Nous avons tenté de décomplexer les jeunes, en particulier les garçons. Comment ? En leur rappelant dans l’article que la pornographie, c’était du cinéma, et avec des dessins développant cette idée. Il semble que l’une des illustrations ait choqué quelques adultes ou parents d’élèves. Mais aucune « réclamation « n’est à déplorer du côté des adolescents, le public visé. Que ces personnes soient convaincues qu’il n’était nullement dans notre intention de heurter leur sensibilité ni celle de leurs enfants, qu’ils acceptent nos excuses et se rassurent : Tazar continuera chaque mois à accomplir son rôle d’information, tout en veillant à ne jamais dépasser la ligne rouge. »
Jon Elizalde
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