Nouvelle-Calédonie / Politique - Article du 26.07.2007

  Une présidente atypique




Peu pointilleuse sur le respect du protocole, Marie-Noëlle Thémereau n’hésitait pas à descendre dans la rue pour discuter avec des manifestants.



Marie-Noëlle Thémereau a démissionné lundi dans une relative indifférence. Seuls les indépendantistes et Didier Leroux ont rendu hommage à son travail. L’ex-présidente s’est pourtant investie sans compter durant plus de trois ans pour tenir les rênes d’un gouvernement qu’elle voulait à tout prix collégial.
Elle aura tenu 37 mois, un record depuis la signature de l’accord de Nouméa. Après trois ans à la tête du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Marie-Noëlle Thémereau, épuisée, a jeté l’éponge. Elle avait laissé sa lettre avant de partir en vacances mais la rumeur courait déjà depuis plusieurs semaines. On la disait malade, au bout du rouleau, et son départ n’a donc surpris personne. Si bien que la classe politique a rapidement tourné la page. Peu d’éloges, même convenus. Seuls Didier Leroux et les indépendantistes ont rendu hommage à son travail. Il faut dire que son parti, l’Avenir ensemble, a d’autres chats à fouetter. Trop occupé à ferrailler avec le Rassemblement pour tenter de rabibocher le camp loyaliste.
Pas fantoche
Pourtant, Marie-Noëlle Théméreau n’a pas été une présidente fantoche. « Elle s’est dévouée corps et âme. On lui reprochait même de trop s’investir », témoigne une proche collaboratrice. « Elle avait une mémoire d’éléphant, connaissait ses dossiers par cœur et a toujours été animée par des convictions fortes : lutter contre les discriminations, favoriser le destin commun et améliorer le quotidien des gens en difficulté. Elle pouvait d’ailleurs être très astucieuse, très politique, lorsqu’elle tenait absolument à ce qu’un dossier aboutisse ! » Un gouvernement qu’elle voulait à tout prix collégial. Quitte à se sentir parfois un peu seule et à mettre les bouchées doubles. Bref, loin de l’image d’une femme « éthérée » que ses détracteurs ont bien voulu lui coller. C’est vrai qu’elle travaillait souvent pieds nus. C’est vrai aussi qu’elle n’était pas très pointilleuse sur le respect du protocole. Mais elle se moquait des critiques. « La fonction de président ne se résume pas à l’apparence et au costume », expliquait-elle. « Les courbettes, la reconnaissance... je n’en ai pas besoin ! J’ai vraiment autre chose à faire. »
L’atout de l’Avenir ensemble
Cette rigueur dans le travail, Marie-Noëlle Thémereau l’a d’abord forgée dans l’administration où elle est entrée en 1971. Elle en gravira d’ailleurs tous les échelons. Tout en décrochant une maîtrise de droit. Mais, à partir de 1988, changement de cap. Marie-Noëlle Thémereau, qui était alors chef du service des finances de la Nouvelle-Calédonie, démissionne et rejoint Pierre Frogier pour gérer une agence immobilière. Un an plus tard, elle se retrouve, pour la première fois, sur la liste du RPCR pour les élections provinciales. Un parti qu’elle quittera douze ans après, par conviction. « Je ne supportais plus les méthodes du Rassemblement et le viol systématique du dispositif institutionnel ! », explique l’ancienne première vice-présidente du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Elle prend alors du recul mais revient rapidement dans le jeu. En 2004, elle devient l’atout de l’Avenir ensemble aux provinciales et remporte la présidence.
Fin de carrière ?
Très proche de Philippe Gomès, elle a beaucoup donné à son camp qui avait besoin de sa popularité et de sa force de travail. Quitte à avaler des couleuvres comme le clash avec Didier Leroux ou son rôle pendant les législatives. Le parti a dû lourdement insister pour qu’elle accepte d’être la suppléante d’Harold Martin... Malgré tout, ses collaborateurs ne la voient pas prendre sa retraite. « Elle restera élue de la province Sud et du Congrès et peut encore beaucoup donner. Elle a ça dans le sang », confie un proche. Que va décider Marie-Noëlle Thémereau ? Acceptera-t-elle le rapprochement avec le Rassemblement qu’elle ne porte pas dans son cœur ? Réponse début août, date de son retour en Nouvelle-Calédonie.
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Qu’ont-ils fait en trois ans ?
Voici, secteur par secteur, les principales mesures prises par le gouvernement de Marie-Noëlle Thémereau.
Le social
- Augmentation progressive du SMG de 100 000 francs (2004) à 120 000 francs au 1er janvier 2007. - Depuis le 1er mai 2005, 11 000 enfants défavorisés qui étaient exclus du régime général des allocations familiales peuvent bénéficier des allocations familiales de solidarité. - Mise en place d’une aide au logement pour les familles défavorisées depuis le 1er mai 2007. - Adoption d’un plan de maîtrise des dépenses de santé et financement du Ruamm par la hausse de la TSS (4 à 5 %) et du plafond des cotisations Cafat de 10 %. - Mesures de sauvetage de la caisse locale de retraite qui verse les pensions aux retraités de la fonction publique. - Lancement de la construction de trois centres pour mineurs en danger et jeunes délinquants. - Mise en place d’une continuité territoriale interne au profit des résidents de l’intérieur et des îles.
Le travail et la fonction publique
- Mise en place de nouvelles règles pour définir la représentativité des syndicats. - Création d’un code du travail regroupant l’ensemble des textes applicables en Nouvelle-Calédonie. - Tentative de diminuer le nombre de conflits sociaux avec un forum puis des séminaires sur le dialogue social. - Modernisation de la fonction publique avec la mise en place d’une démarche qualité et la réforme du cadre de l’administration générale. - Modernisation de l’Agence pour l’emploi qui est devenue l’Institut du développement des compétences en Nouvelle-Calédonie.
Les infrastructures
- Opération de sauvetage du CHT Gaston-Bourret avec la mise en place de structures modulaires et le lancement de la construction du Médipôle de Koutio. - Participation à la construction du campus de Nouville et de la halle des sports de l’université. - Lancement du renouvellement de la flotte de la compagnie domestique Aircal. - L’OPT s’est engagé dans la construction du câble optique sous-marin qui permettra de relier la Nouvelle-Calédonie au reste du monde en 2008.
La sécurité civile
- De nombreuses mesures ont été prises en matière de sécurité routière : interdiction du téléphone au volant, port de la ceinture obligatoire à l’arrière, rehausseurs pour enfants, retrait immédiat du permis, interdiction de circuler dans les bennes. - La lutte contre les feux de brousse a été accentuée avec la mise en place de moyens aériens, la construction des tours de guet et le financement de l’école des pompiers.
L’enseignement et la formation
- Mise en place de nouveaux programmes dans l’enseignement primaire avec la prise en compte des réalités locales et notamment l’introduction des langues kanak. - Des moyens importants ont été engagés pour la formation professionnelle, notamment grâce à l’Europe, avec la création de filières ou encore la construction d’un centre de formation à We et à Touho. - Des subventions et des aides ont été allouées à l’enseignement privé, notamment pour la remise à niveau de ses structures.
Le développement économique
- L’impôt sur le revenu a été diminué pour les classes moyennes. - Des mesures ont été prises contre la vie chère : gel des loyers et de certains frais bancaires, baisse du prix de quelques produits de première nécessité... - Le prix de l’essence a été réformé et fluctue désormais en fonction des cours mondiaux. - Les droits d’enregistrement ont été diminués pour les personnes qui achètent un logement principal pour la première fois. - Une nouvelle réglementation économique a été mise en place pour définir avec précision les droits et les devoirs des fournisseurs, des distributeurs et des consommateurs. - L’avant-projet du schéma de mise en valeur des richesses minières de la Nouvelle-Calédonie, prévu par la loi organique, est aujourd’hui finalisé mais pas voté.
La coopération régionale
- Accession de la Nouvelle-Calédonie au statut de membre du Forum des îles du Pacifique. - Signature d’une convention de coopération avec le Vanuatu. - Organisation des Jeux du Pacifique de 2011.
La culture et les affaires coutumières
- Une direction des affaires culturelles et des affaires coutumières a été mise en place. - Une campagne de sensibilisation sur la violence a été lancée auprès des jeunes. - La création de l’Académie des langues kanak a été lancée.
La citoyenneté
- Le chantier des signes identitaires a été lancé. - Un observatoire de la condition féminine a été créé.


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